[FR] Badger, ou comment j'ai 'gamifié' mes collègues (Part. 1)

La gamification. Je sais, ça sonne très “Web 2.0”, ça pu le “Digital” et autres conneries pour “disrupter” je ne sais quoi. Mais si on essaie de comprendre un peu ce dont ça parle, c’est tout autrement plus intéressant.

  • “Wikipédia ?”
  • “Oui ?”
  • “Définition de gamification s’il te plait.”

«La gamification est le transfert des mécanismes du jeu dans d’autres domaines, en particulier des sites web, des situations d’apprentissage, des situations de travail ou des réseaux sociaux. Son objet est d’augmenter l’acceptabilité et l’usage de ces applications en s’appuyant sur la prédisposition humaine au jeu

Voilà, ce n’est pas tout transformer en jeu, c’est amener les mécaniques du jeu dans une chose qui n’est pas un jeu. Sans partir dans une étude approfondie, on a déjà là quelque chose que je trouve génial : qu’on le veuille ou non, l’humain est “prédisposé” au jeu. Alors, calmos, on va pas faire jouer Mémé à Counter Strike, non, mais par contre… on va “gamifier” Mémé.

On va pouvoir lui faire choisir ce papier toilette plutôt qu’un autre, parce que sur celui-là, on gagne plus de points de fidélité m’voyez. Et qu’à partir de 50 points, on gagne 2 euros de réduction sur le cassoulet Roger. Cassoulet qui, achetés par 3, lui donnera accès à une carte de fidélité Premium, et ça, ça a grave la classe Mamy hein ?

Challenge => Récompense => Élévation sociale

Dans l’exemple ci-dessus, on peut identifier les challenges suivants :

  • Choisir le bon papier toilette, bah oué, faut le trouver dans le rayon et faut qu’il en reste. (Recherche & risque de manque)
  • Acheter 3 boîtes de cassoulet. Faut savoir compter pour en prendre le bon nombre. (Test d’utilisation de compétence)

Pour chaque objectif, on a une récompense directe et gratifiante :

  • Des points de fidélité ? Identifiable comme une monnaie, un bien que l’on a gagné à la sueur de son front. (Reconnaissance & accumulation)
  • Une carte de fidélité Premium. PREMIUM les gars ! On fait maintenant sûrement partie d’un groupe restreint et important. On s’est élevé socialement par rapport à ceux qui n’en n’ont pas. (Distinction visuelle unique & sentiment d’appartenance à une élite / groupe)

Même si l’exemple de la Mémé et de son petit supermarché peut paraître un peu merdique, cela prouve que l’on retrouve, même dans des systèmes très simples de gamification, des mécanismes bien identifiés et parfaitement contrôlés.

Le but est de créer de l’engagement chez l’utilisateur / client, lui faire acheter ceci à la place de cela, ou lui faire prendre telle décision.

Talks / presentations

Alors la gamification ça existait avant d’avoir un nom, sûrement très connu par les psychologues et autres analystes. Le sujet s’est popularisé depuis quelques années, donnant de superbes articles ou talks. Je me permets de vous en partager quelques-uns :

Bref, y a tout un tas de ressources intéressantes sur ce sujet.

Comment j’ai “gamifié” mes collègues

J’aime le jeu-vidéo et je suis curieux à propos du comportement humain en général, alors un machin qui regroupe ces deux sujets ne peut que me faire de l’œil ! Il fallait que j’essaie de développer un “jeu d’expérimentation sociale”.

Un peu de contexte, je bosse dans une startup d’environ 60 personnes où la moyenne d’âge est d’environ 32 ans, avec des gens plutôt branchés tech, mais pas que : des commerciaux, et autres profils moins techies. Un échantillon de gens ultra intéressants pour expérimenter tout ça !

Je branche un collègue sur l’idée qui est tout de suite partant pour m’aider à le développer. On part donc sur un “jeu” très basique : une action spécifique donnerait une récompense, ici, un badge virtuel, à savoir une image et un titre. Pour introduire le concept, les premiers badges à débloquer sont plutôt funs et n’apportent rien à la productivité :

  • “Avoir porté la moustache au boulot pendant une journée”
  • “Avoir posté 42 messages sur notre forum de support”
  • “Etre allé manger une semaine entière au restaurant du coin”
  • etc.

Des badges surtout pour faire découvrir la plateforme aux gens à vrai dire.

Lancement de la plateforme : on montre ça à 2/3 collègues… l’url du projet se répand vite en interne et l’ensemble de la boîte se retrouve inscrit en 3 jours. Les gens commencent à réclamer leur badge, des gens relèvent le défi de la moustache ou d’autres trucs cons, mais les gens ont adopté le concept, ils proposent même de nouveaux badges à créer pour récompenser telle ou telle action…

Un véritable engouement interne autour de la collection de ces pins 2.0, générant des “Hey Michel, t’as pas le badge de [insérer nom de badge] ? T’es naze !” pendant les vendredi soirs arrosés.

La suite dans un prochain billet (Parce que c’est long à écrire, et que c’est plus digeste. Et que ça tease.)