[FR] La théorie du support chargé

Aujourd’hui abordons un thème qui j’en suis sûr, touche beaucoup de gens. C’est un fait, il y a bel et bien une «Théorie du support chargé». Sous ce nom tout droit sorti du CNRS se cache en fait une réalité simplissime d’une véracité effarante.

Qui n’a jamais déposé la chose qu’il avait en main sur le premier support qu’il voit histoire de s’en débarrasser facilement ? (Appelons cela l’attraction du support chargé) C’est un fait : Toute surface plane capable de supporter un poids suffisant devient un support d’objets.

Je doutais un peu de cette affirmation et voulais ainsi remettre en question cette théorie ô combien célèbre s’il en est. L’expérience suivante a donc été réalisée dans ma chambre : J’ai disposé une petite table au milieu de la salle, avec pour objectif de la laisser vide, facile, il suffit pour cela de ne rien poser dessus… et bien pas si facile que ça !

Non, ce n’est pas ma table

Résultats de l’expérience

Les premiers objets victimes de l’attraction de la théorie du support chargé sont d’ordre microscopique, vous l’aurez deviné : la poussière. Viennent ensuite des objets un peu plus gros, des clés, téléphone portable, portefeuille, pièces de monnaie. Objets que l’on se promet de retirer en moins de 24H, ce sont des objets utiles, le support n’est alors que temporaire et permet au cerveau de ne pas avoir à réfléchir à ces questions d’ordre existentiel :

«Bordel, où sont mes clés ?»

Ou encore

«Qu’ai-je foutu de mon portefeuille ?»

C’est le premier syndrome, le support temporaire d’utilité visuelle : On veut savoir visuellement où sont les objets, pratique, au centre de la salle sur une surface plane !

Un second syndrome arrive au bout du deuxième jour déjà. Après le petit café matinal devant son ordinateur on se rend compte qu’on est (nom de Zeus foutrement) en retard pour l’école/boulot. Bon, pas le choix, je pose la tasse de café sur la table

«De toute façon, en rentrant je la mettrai direct au lave-vaisselle.»

… pensons nous avec une outrecuidance sans faille. Il n’en est rien ! La tasse restera là le surlendemain parce que de toute façon :

«Elle est à portée de main, je le fais quand je veux héhé !»

C’est le syndrome du support sécuritaire de dépôt d’urgence : On dépose les objets (qui n’ont pas du tout leur place ici) en urgence, dans le but de ne pas perdre du temps et/ou de ne pas les poser par terre (c’est vrai, c’est sale par terre, hin, et puis il faut se baisser.)

Le troisième et dernier syndrome s’ancre au bout de 4/5 jours. Notre cerveau connait maintenant la table, ce n’est plus un élément étranger à la salle, nous y avons déjà déposé des objets, les connexions dans le cerveau sont faites pour l’action de dépôt : ce n’est pas difficile, ça ne fait pas mal, il n’y a pas de répercussion, le cerveau ne voit alors aucun inconvénient à charger encore et encore cette pauvre table (dont on n’aperçoit désormais plus la surface).

Cela dit j’ai pu dénoter une réaction étrange du comportement : nous avons tendance à disposer les éléments qui n’ont rien DU TOUT à faire là et les objets temporaires vers l’extérieur de la table alors que les objets dont on sait que l’on se servira dans un futur proche (relativiser la notion de “proche” ici) sont au centre de la table, en vu de mieux les conserver peut-être :

«Si jamais la table brûle, le temps que les flammes parviennent du bord jusqu’au centre, j’aurai le temps de sauver les objets.»

Ou bien

«Si je bouscule la table les objets au centre ne risqueront pas de tomber.»

Etc. C’est le syndrome du support chargé admis : On y est, à la théorie du support chargé, la table déborde, mais c’est admis !

«Je la range QUAND-JE-VEUX !»

Bilan

J’espère que j’aurais donné quelques éléments de réponse à ceux et celles qui se surprennent encore d’être victimes de la théorie du support chargé. Il est à noter que la taille de la surface du support ne joue AUCUNEMENT sur la théorie, que ce soit une table de nuit, une table basse, un carton sédentaire ou une tour de PC… Chez certaines personnes, la théorie s’appliquerait même avec le sol paraitrait-il…

Cela vient-il du cerveau ? Je ne sais pas. Une surface non-exploitée nous apparait-elle comme gaspillée ? Peut-être.

Le cumul chargé est similaire à l’effet mouton des groupes de personne, si tout le monde le fait, je peux le faire, nous subirons les mêmes effets au moins, au même titre que si la table possède déjà des éléments dessus, je peux me permettre d’en mettre d’autres. Gardons espoir, un jour, nous découvrirons que tout cela n’est que théorie de l’absurde car un chercheur nous affirmera avec la plus grande conviction que :

«Non, tout cela est relatif.»